
« Le mal est à l’homme bien à son tour. Ni la douleur ne lui est toujours à fuir, ni la volupté toujours à suivre. » — Montaigne
Ce n’est plus la maladie qui m’envahit : c’est moi qui entre en elle, comme on entre dans une grotte. Le souffle court, les sens en alerte.
Je choisis la fragilité. Je deviens cet être que notre société rejette : un itinérant, une main moite, un enrhumé.
Un quidam trop lisse pour le regard du monde.
Aux yeux des bien-paraissants, je sonne creux. Mais à l’intérieur de mon mal, un autre moi se réveille — un double invisible, festif et insoumis, qui rit dans les limbes de la douleur.
Pourquoi ne suis-je pas lui en pleine santé ? Parce que mon mal me gouverne.
Il est mon roi caché. Si je le défie, il me blesse à nouveau.
Alors je le suis, jusque dans mon sanctuaire intérieur : le sinusarium.
Car c’est là, dans la douleur, que je me cache. Où d’autre ?
Ce n’est pas seulement mon corps qui ploie, mais tout mon être — ectomorphe, asthénique, presque éthéré.
Je ressemble à un ermite en exil.
Et pourtant, un sourire demeure, figé, comme mes pensées.
On exige que je me dissolve, que je fonde dans la masse.
Mais je résiste — et je tousse ce monde.
Le vent me fait fuir. Pour d’autres, il est poésie ; pour moi, il est blessure.
Et pourtant, parfois, il ravive un petit génie enfoui — ce créateur entre euphorie et effondrement.
Il dessine, il écrit, il répare.
Une thérapie née de la nature… et de ce que notre époque refoule.
Mon abri s’irrite au simple contact de l’air.
Mes yeux pleurent, ma gorge s’enflamme, et je tiens bon, car montrer sa fragilité, aujourd’hui, c’est risquer le rejet.
Le froid me parle dans la langue des absents. Il me rappelle une chaleur ancienne, disparue. Une part de moi réclame son retour.
Mais…
Le froid est-il seulement une absence de chaleur ?
Et la douleur, un simple manque de confort ?
Ou sont-ils autre chose ?
Des présences inversées. Des messagers.
Porteurs d’un savoir que nous avons oublié.
Chafik G.