Le café est plein d’amertume. Moi aussi.
Il est force et délicatesse. Moi aussi, peut-être.
Le café est bon ; moi non plus.
Ses notes douces et profondes me transportent loin de la rudesse de mes pensées matinales. Elles m’arrachent au tumulte des premières heures pour me conduire vers des rivages plus calmes.
Il se donne au filtre, au réceptacle, avec une générosité presque insolente. Il s’écoule en me narguant du chant léger de ses gouttelettes, tombant une à une comme s’égrène ma patience à l’attendre.
Je le veux brûlant, riche en arômes, afin que mon aurore ne tarde pas à se lever. Mais je le désire aussi doux et voluptueux, pour que mes pensées flirtent avec les mots tendres et la retenue.
Dès la première gorgée, sa chaleur se diffuse en moi, réveille mon corps et éclaire mon esprit. Mon cœur, pourtant, hésite. Entre l’avaler d’un trait ou le savourer gorgée après gorgée, s’installe un jeu subtil entre mon désir et l’inévitable refroidissement déjà à l’œuvre.
Cette lutte silencieuse se prolonge jusqu’à ce que je succombe à son amertume, si semblable à la mienne, et à sa robe sombre, enveloppante, dont mon palais s’éprend avec une fidélité presque amoureuse.
Je t’aime, grain d’Orient, vin d’Arabie, encre chaude des muses ; mais…
Mais c’est moi, finalement, qui ne sais pas toujours t’aimer comme tu le mérites.



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