Il existe des voyages que l’on entreprend sans quitter la ville… Des traversées silencieuses où chaque motif raconte une mémoire, chaque couleur murmure une origine.
Le Salon de la culture algérienne au Canada vous ouvre ses portes — une invitation à marcher sur les fils du temps, là où les tapis traditionnels d’Algérie deviennent des récits tissés, entre art et histoire.
📍 Samedi 6 juin 2026 à 11h
📌 Centre des congrès Sheraton Laval
2440, autoroute des Laurentides, Laval
Pour sa 4e édition, cet événement rassemble passionnés, curieux, héritiers et rêveurs autour d’un patrimoine vivant — une culture qui ne s’expose pas seulement, mais qui se ressent.
Venez découvrir, échanger, contempler…
Et peut-être reconnaître, dans un motif ancien, un fragment de vous-même.
Si la Saudade (portugaise) est une mélancolie du temps, la Ghorba est une mélancolie de l’espace.
Littéralement, c’est l’exil ou l’éloignement. Chez l’Algérien, ce mot — El Ghorba — évoqué dans diverses situations, signifie ce déracinement profond, cette sensation d’être toujours étranger, partout.
C’est un mot protéiforme qui s’est immiscé dans les discussions de tous les jours. Face à un blocage sociétal, il devient la réponse ultime ; face aux lourdeurs bureaucratiques, il se transforme en un cri de délivrance.
L’ailleurs comme étalon
Quand les émigrés reviennent avec des signes extérieurs de réussite, le mot circule à tout bout de champ. La comparaison sociale s’installe, et le « là-bas » devient l’étalon de mesure du bonheur.
Mais là où le terme prend un sens beaucoup plus profond, c’est lorsque les jeunes Algériens, plus particulièrement, se sentent en décalage avec les codes conservateurs ou les pressions sociales. On entend alors la formule : Gherib fi bladou (étranger dans son propre pays).
Une quête de lumière
La Ghorba est ce « non-lieu » entre le désir de partir pour exister et la peur de se perdre en chemin. C’est là qu’elle prend une dimension esthétique profonde et devient une quête de lumière. Elle se transforme en école : celle de la nostalgie.
Le voyage vers « l’ailleurs » dépasse alors le cadre de la fuite pour s’ancrer dans une migration naturelle, semblable au voyage des hirondelles ; cela fait partie d’un cycle. L’Algérien, ce « ghrib », devient une espèce de pollen emporté par le vent de la quête, s’en allant fleurir ailleurs et parfumer son entourage.
La noblesse de l’errance
Et puis, se confronter à l’inconnu, n’est-ce pas là une forme de noblesse ? En devenant « étranger » (Gherib), on apprend l’humilité et la tolérance. Le cœur d’un Algérien est un éternel moussafer (voyageur). S’il est vrai qu’il bat avec une intensité plus forte au souvenir de sa terre natale, « El Trab », il demeure authentique sur toutes les terres du monde.
Note:
Bien que les Algériens l’utilisent avec une ferveur et une douleur particulière, ce n’est pas un mot « exclusif » à l’Algérie.
J’ai vécu un passage des plus chaleureux, conviviaux et enrichissants chez Rihet Yasmine Dzair. Cette rencontre a été remarquablement orchestrée par Fatiha Outchernene, une femme aux multiples talents : archéologue, anthropologue et journaliste spécialisée en culture et sociologie. Elle est également la présidente fondatrice de l’association MAFATIH Culture Algérie Canada.
Ces moments de partage et de culture sont essentiels pour faire vivre nos racines. Et vous, connaissez-vous le travail de l’association MAFATIH ou les écrits de Soraya Aliouche ? N’hésitez pas à partager vos impressions en commentaire !
Traduire nos sentiments est-il ardu ? Assurément. Ils naissent bien avant les mots. Au Pays du Soleil Levant, déclarer son amour de façon abrupte est impensable ; l’indicible exige de la poésie. Il faut y mettre de la nuance et de la romance, car la rudesse n’y a pas sa place.
Quoi de plus gracieux que d’exprimer son attachement à travers cette phrase si simple, attribuée au romancier Natsume Sōseki : « La lune est belle, n’est-ce pas ? »
Apprenons à traduire nos émois par des formules infinies. Car parfois, la déclaration la plus directe, à force d’être répétée, se perd dans l’accumulation des non-dits, dans l’usure de la routine ou dans la crainte de paraître désuet.
Puisque les mots figent ce qui est vivant, choisissons de figer en nous le beau, le merveilleux, la paix et l’amour. Soyons, tout simplement, humains.
L’expression « Tsuki ga kirei desu ne » (月が綺麗ですね) est devenue légendaire grâce à l’écrivain Natsume Sōseki (1867-1916).
Alors qu’il était professeur, il aurait repris l’un de ses élèves qui traduisait l’anglais « I love you » par une formule japonaise très littérale et trop directe (Ware wa nanji o aisu). Pour Sōseki, un Japonais ne pouvait pas s’exprimer ainsi sans manquer de pudeur. Il a suggéré que pour transmettre la profondeur d’un sentiment, il suffisait de contempler la beauté de la lune ensemble et de dire : « La lune est belle, n’est-ce pas ? ».
Dialoguer dépasse le simple cadre de la conversation ; cela touche à l’essence même de la pensée et de l’être. Le dialogue est le chemin vers la vérité, il en est l’accès. Il constitue la méthode principale de la philosophie socratique : la maïeutique. En ce sens, l’isolement est l’ennemi du dialogue.
Mettre en présence des avis opposés rapproche les Hommes de la vérité, de la Solution. Cela dissout le conflit en obligeant les deux parties à admettre leurs propres limites et leurs erreurs. Sans dialogue, il n’y a point de critique constructive.
Dialoguer établit une relation fondamentale avec l’Autre. Emmanuel Levinas a souligné que l’existence de notre propre conscience est indissociable de la présence d’autrui. Ne nous fuyons pas.
Le dialogue apporte de la cohésion et de la confiance au sein des familles. Si chacun se sent entendu, il se sent valorisé ; cela préserve la santé émotionnelle, trop souvent reléguée au second plan.
Il est également le seul rempart contre la guerre. La diplomatie permet de comprendre les enjeux culturels et politiques des autres nations. À l’inverse, l’absence de dialogue engendre des crises, des tensions, des interprétations erronées et, finalement, la violence.
Se rappeler que l’Autre détient toujours une information que nous n’avons pas encourage la remise en question, la curiosité et l’entente. Métaphoriquement, le dialogue est un pont : il aide à traverser d’une rive à l’autre, d’une divergence à une autre, et même d’une conviction à une autre. Encore faut-il accepter de le franchir.
Cuisiner engage le corps autant que l’esprit. Il y est question de santé, d’économie, de créativité, mais surtout de présence. Lorsque les mains s’affairent parmi les ingrédients, une forme de maîtrise naît, fragile mais réelle. Improviser une recette, ajuster un plat, ce n’est plus seulement répondre à une nécessité : c’est affirmer, modestement, une liberté.
Dans un monde saturé de numérique, jusque dans les plus humbles ustensiles de cuisine, cuisiner devient un acte de résistance douce. Un temps arraché à l’accélération, un moment de silence habité, presque une ascèse. On y retrouve cette attention nue au réel que la modernité tend à dissoudre.
Offrir ce que l’on a préparé ne relève pas du spectaculaire. C’est un geste simple, presque pauvre, mais qui rassemble. Le repas partagé apaise, éclaire les visages, retisse des liens que l’époque fragilise sans bruit.
Manger n’est jamais un acte neutre. Il réveille la mémoire. Proust l’a montré avec la madeleine, trempée dans le thé, qui fait surgir un passé entier. Ce n’est pas le souvenir qui importe, mais la preuve qu’un goût, une texture, peuvent encore sauver quelque chose du temps.
Dans l’Antiquité, le repas tenait lieu de centre. Il structurait la vie familiale et sociale. On y reconnaissait une vérité simple : l’homme ne vit pas seul, et encore moins hors du partage.
Aujourd’hui, le temps est compté, mesuré, marchandisé. Cuisiner est perçu comme une perte, un coût d’opportunité. Tout doit aller vite. Les machines, la livraison, les plats déjà faits promettent le repos, mais offrent souvent une fatigue d’un autre ordre : celle de l’effacement du geste.
La modernité privilégie le zéro effort. Elle remplace l’action par l’usage, la création par l’assemblage. Le consommateur devient dépendant, non par faiblesse, mais par usure. Trop sollicité, il renonce.
Peut-être cuisinons-nous moins parce que nous sommes las. Une lassitude profonde, existentielle, qui ne cherche plus à lutter mais à se taire. Pourtant, dans ce silence, le geste simple de cuisiner demeure possible. Comme une réponse sans illusion, mais tenue. À la manière camusienne : vivre sans espoir excessif, mais avec fidélité au réel.