La fête des pères fantomatiques

L’auteur Kent Nerburn écrivait :

« Il est bien plus facile de devenir père que d’être père. »

Tout est là.

Il existe des fêtes officielles, fixées par le calendrier, célébrées à date fixe. Et puis, il en est d’autres, secrètes, silencieuses, qui n’apparaissent dans aucun almanach.

La fête des pères fantomatiques en fait partie. Elle ne s’écrit que dans les marges d’un journal intime, et seuls les cœurs en exil savent la reconnaître.

Chaque année, je ne choisis pas un jour, mais une nuit.

Non pas pour honorer l’absence, mais pour la traverser.

Je pense à ces pères dérobés à leur propre rôle, non par malveillance toujours, mais parfois simplement absorbés, digérés par la grande roue de l’existence.

Engrenage d’obligations, d’héritages muets, de douleurs jamais nommées.

Ils avancent, tête baissée, oubliant qu’ils traînent derrière eux des enfants qui attendaient un regard, un mot, une présence.

Ils deviennent alors les passagers somnambules d’un cycle — leur propre wheel of life — où la répétition tient lieu de destin.

La nuit est le seul espace où cette fête trouve sens.

Car la nuit n’a rien à prouver. Elle ne prétend rien.

Elle accueille.

Elle ressemble à ces pères-là : elle se retire doucement, elle ne soutient pas le regard.

Mais elle révèle. Par son silence. Par sa vérité nue.

Je célèbre cette nuit en tête-à-tête avec mes espoirs :

qu’un jour, cette fête n’ait plus besoin d’exister.

Qu’elle disparaisse, non dans l’oubli, mais dans l’accomplissement.

Qu’un enfant, quelque part, n’ait pas à l’inventer pour combler un vide.

Mais en attendant…

Joyeuse fête, pères fantomatiques.

Chafik G.

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