Qu’attend t’elle ?

Mais qu’attend-elle donc, cette montagnarde couverte comme saint Georges ?

Est-ce la raison pour laquelle elle semble insensible au froid ?

On dit que les femmes sont plus sensibles aux basses températures que les hommes.

Mais cette Highlander des temps modernes serait-elle dotée d’une thermogenèse plus élaborée ?

Ô Zeus, pourquoi donc as-tu infligé aux humains ce fléau frauduleux, la femme, en l’établissant à la lumière du soleil ?

Si tu voulais propager la race mortelle, ce n’est pas aux femmes qu’il fallait en demander le moyen.

Ô Seigneur, dirais-je à mon tour : à qui donc, sinon aux femmes, fallait-il en demander le moyen ?

Ô femme, coiffée du sursaut du “sexe faible”,

Pourquoi ne vous a-t-on pas élue femme la plus puissante du monde, à l’instar d’Angela Merkel ?

Vous semblez figée dans le temps — même ce dernier n’aurait-il aucun impact sur vous ?

Lorsque je vous regarde, ma définition de la force, du courage et de l’humilité m’échappe,

Et je me retrouve à chercher une nouvelle signification.

La vie profane vous a-t-elle abandonnée à votre sort ?

Ou est-ce l’inverse ?

À vous voir porter votre enfant avec tant d’endurance,

Cela me flanque une chiquenaude : je n’ai qu’une envie, celle de vous porter au pinacle.

Exister, c’est résister, selon mon humble avis.

Pour vous, est-ce le contraire ?

Que de leçons vous offrez, en un seul instant, en une seule image, en une seule situation…

Vous me rappelez La vendeuse de mocassins, du peintre Cornelius Krieghoff,

Traversant le Saint-Laurent, devant Québec, et bravant le froid glacial.

« La richesse offre la possibilité de libérer son temps et son esprit

de toute une série de problèmes matériels qui empoisonnent la vie de la plupart des gens. »

Écrivaient Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon dans C’est quoi être riche ?

Mais les gains d’une poignée d’oranges et de quelques olives vous permettent-ils, vous,

de vous libérer de vos tracas quotidiens ?

Ton enfant… à quoi donc peut-il rêver ?

À un soleil qui serait source d’une vie plus radieuse ?

À des jouets capables de lui faire oublier, le temps d’un assoupissement,

le sérieux rugueux de la vie ?

Rien qu’à travers votre posture, je pourrais lire tout un compendium de l’humilité.

Chaque phrase, si précise et concise, émane de votre aura,

lumineuse à mes yeux aveuglés par le soleil factice de ce bas monde.

Mais… qu’attends-tu, femme ?

Des clients ? Des passants ?

Ou peut-être un Samaritain, capable de t’offrir la panacée universelle,

celle qui te permettrait enfin non pas de résister, mais de vivre ?

Car oui, par ta posture, tu prouves que la vie est tout sauf un long fleuve tranquille.

Mais peut-être que le vrai sens de la vie, du bonheur… m’échappe, femme.

Apprends-moi.

Dis-moi…

Qu’attends-tu ?

Chafik G.

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