Le sourire jusqu’au bout du souffle

Elle sourit à l’orphelin comme à l’opulent, à l’étranger comme à ses proches.

Elle sourit à la joie comme aux douleurs de l’acte opératoire.

Avec son sourire inné, semblable à celui d’une enfant, elle égaye chaque atmosphère, même les plus anxiogènes, et ce malgré ses souffrances.

Enlacée de lianes translucides reliant son corps affaibli à des fioles de lumière, qui semblaient provenir d’une source invisible — peut-être un sablier inversé où le temps se dépose dans les veines au lieu de s’écouler — elle continue de sourire, d’égayer son entourage, son monde, sa vie.

Les douleurs la cernent à chaque souffle, et elle leur réplique par des sourires. Quelle réponse magnifique.

Des sourires qui inspirent le respect, l’honneur, mais surtout l’indicible : une réponse créatrice. Par ce simple mouvement des lèvres, elle transforme l’énergie destructrice de la souffrance en une énergie de construction. Mais ciel, que sculpte-t-elle ? Nos craintes en courage ? Nos frustrations en gratitude ? Nos silences en souffles régénérateurs ?

Quelques heures seulement après son passage à l’atelier du scalpel, où des coutures à même la chair lui ont été infligées, la voilà qui sourit déjà, avant même l’heure des visites.

Un sourire spontané qui laisse entrevoir la sincérité, le courage, la grandeur d’âme, les mots de toujours exprimés à cœur ouvert, et la patience.

Je l’ai vue, après cette liturgie du bistouri, sourire aussi naturellement qu’on respire.

Un geste qui mêle tropisme et volonté : accompagner chaque regard, chaque mouvement, chaque souffle d’un sourire.

Sourions.

Chafik G.

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