Le parfum oublié de nos âmes

J’ai entendu dire que notre essence personnelle dégagerait une « fragrance » naturelle, une signature subtile détectable par le commun des mortels. Elle serait une sorte d’empreinte biologique, l’écho de notre identité profonde. Pourtant, il m’est douloureux de constater qu’elle s’estompe. Au milieu d’une foule venue danser, au marché, ou même au sein de certaines familles, je ne la perçois presque plus.

Il existe pourtant une odeur de la bonté, celle que dégagent les êtres aux intentions pures. Près d’eux, la sérénité nous gagne instantanément, tant leur aura est bienfaisante, tel un parfum « émotionnel » réconfortant. Si notre nez ne respire que l’air, notre mémoire olfactive, elle, capte une essence qui nous rappelle un geste noble, une parole apaisante. N’associe-t-on pas l’âme d’une personne disparue à une senteur précise ? Un vieux livre qu’elle feuilletait, un tissu qu’elle portait, ou même le sillage de ses pas sur le trottoir familièrement emprunté… Son odeur devient son âme.

À l’inverse, il m’attriste de « sentir » l’amertume des malveillants. Leurs émotions semblent fermenter dans leur chair jusqu’à devenir des relents de l’esprit. Hélas, ces nuances sont de moins en moins perceptibles. L’homme instinctif en nous s’efface ; nos corps ne sont plus accordés au groupe, au vivant. Nous n’osons plus croire à ce que nous pressentons, que ce soit par l’olfaction ou par l’intuition. Masqués par le « modernisme » et ses artifices chimiques, les parfums de l’être se confondent et s’étouffent.

Le parfum des âmes s’évapore ainsi vers le ciel, jusqu’à ce que l’au-delà nous rappelle à lui. À cet instant ultime, les masques tombent et seule demeure cette odeur de sainteté : ce prodige mystique où la chair ne se décompose plus mais fleurit. C’est une fragrance de lys et d’encens qui défie la matière, un sillage sacré que seuls les cœurs encore éveillés sauront reconnaître, tandis que pour les autres, il ne restera que le silence du vide.

Facebook

Instagram

chafikghenai@gmail.com

Commentaires

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Inermis (Chafik Ghenai)

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture