Abcdz : Petit abécédaire d’une jeunesse algérienne

L’Algérie. Pas juste un pays. Une manière d’être. Un accent, une odeur de jasmin mêlée à celle des grillades, une fierté qu’on porte en bandoulière, même à dix mille kilomètres. C’est ce lien invisible qui nous unit, peu importe nos différences.


A comme Accueil

Chez lui, la porte n’est jamais vraiment fermée. On entre pour un café, on ressort avec un repas et, souvent, un cousin de plus. Parce qu’au-delà des frontières, l’autre est toujours un invité de Dieu.

B comme Baraka

La chance des Algériens est légendaire. Ils traversent les tempêtes et en ressortent avec une anecdote à raconter, un thé à la main, et l’intime conviction que le Ciel veillait sur eux. C’est cette foi inébranlable en des jours meilleurs.

C comme Café

Rituel sacré. On ne prend pas un café, on le « tient » pendant des heures. On y refait le monde, l’équipe nationale et le gouvernement, tout en commentant la vie du voisin ou du patron. Wahda press! C’est là que le lien social se tisse, entre rires et débats passionnés.

D comme Débrouille

L’Algérien a inventé le système D avant qu’il n’ait un nom. Face à l’impossible, il trouve une solution. Face au vide, il crée. Face à l’administration… il revient demain. Ou après-demain. Inchallah !

E comme Exil

Le grand paradoxe : il part, il rêve de revenir. Il revient, il rêve de repartir. Entre les deux rives, il construit une troisième patrie — invisible, faite de nostalgie et de leçons de vie. El Ghorba, ou l’art d’avoir le cœur partout à la fois.

F comme Famille

Grande, sacrée, omniprésente. Elle se mêle de tout, juge un peu, mais aime infiniment. On s’en plaint le lundi, on s’en réclame le vendredi. Al Aila, c’est notre premier cercle de solidarité.

G comme Gloire

L’Algérien a une mémoire longue pour les victoires : 1962, les Fennecs, l’Émir Abdelkader. Il en tire une fierté personnelle, même s’il est né quarante ans après les faits ! C’est le fameux Nif, ce sens de l’honneur qui nous redresse la tête.

H comme Hospitalité

Tu passes juste dire bonjour ? Tu repars trois heures plus tard, repu, chargé de gâteaux, avec le numéro de téléphone de toute la lignée. Zaratna baraka : ta visite est une bénédiction, qui que tu sois.

I comme Inchallah

Mot merveilleux aux trois visages : promesse sincère, esquive polie ou philosophie de vie. Selon le ton, il signifie oui, non, ou « on verra bien ». C’est remettre son destin entre les mains du plus Grand pour s’alléger l’esprit.

J comme Jdid

L’Algérien aime le neuf — la voiture, le téléphone, les habits de l’Aïd. Il les protège avec un soin maniaque. Le plastique sur les sièges ? Une institution nationale ! Wach jdid ? (Quoi de neuf ?), la question qui lance toutes les discussions.

K comme Khouya

Frère de sang, frère de rue, frère d’un instant. En Algérie, la fraternité se donne vite. C’est ce mot qui efface les distances : on ne connaît pas l’autre, mais on l’appelle « mon frère ». Une leçon d’humanité universelle.

L comme Lihya

La barbe, tantôt signe de piété, tantôt style affirmé. Elle rappelle que derrière chaque apparence, il y a une histoire, une discipline ou une quête de soi qu’il faut respecter.

M comme Mère

Le centre de gravité, la Yemma. Elle cuisine pour vingt quand il n’en vient que dix. Elle est le pilier invisible qui porte les joies et les peines de toute la maison sans jamais faiblir.

N comme Non

Mot rare pour un hôte, sauf face à l’injustice ou sur un terrain de foot. Là, le « Non » devient un rugissement, le refus catégorique de la soumission.

O comme Œil

L’ Aïn. Visible ou invisible, on le redoute autant qu’on le respecte. Il plane sur les réussites comme sur les bonheurs, rappelant qu’il faut rester humble face à la vie.

P comme Patience

Cultivée dans les files d’attente et à travers l’Histoire. Une patience qui n’est pas de la résignation, mais de l’endurance pure, infusée de dignité.

Q comme Quartier

L’unité de base de l’identité. On n’est pas de telle ville, on est de tel Houma. C’est là que l’on apprend la vie, la solidarité entre voisins et que l’on comprend que, malgré nos trajectoires différentes, nous venons du même sol.

R comme Résistance

Dans le sang et dans la mémoire. L’Algérien ne plie pas. Il a hérité de ses ancêtres la conviction que la dignité vaut plus que tout le confort du monde.

S comme Service

Ce mélange de solidarité spontanée et de devoir moral. Refuser d’aider quand on le peut, c’est perdre son Nif. C’est cette main tendue sans rien attendre en retour.

T comme Thé

Brûlant, sucré, à la menthe. Il accompagne les fêtes comme les deuils. Refuser un thé, c’est presque un incident diplomatique ! C’est le breuvage de la paix et de la parole partagée.

U comme Ultime

Tout est intense. La dernière insulte est impardonnable, la dernière victoire est historique, le dernier plat de la mère est inégalable. L’Algérien vit dans le superlatif car il vit avec le cœur.

V comme Voix

Haute, chantante, expressive. On ne parle pas, on raconte une épopée. Même une direction dans la rue devient un récit épique avec de grands gestes.

W comme Weld Bled

L’enfant du pays. Celui qui reste, celui qui part, celui qui revient. C’est ce lien sacré qui nous unit : peu importe où l’on se trouve sur la carte, on reconnaît toujours l’autre à son étincelle.

X comme X

L’inconnu, le champ des possibles. C’est tout ce génie algérien qui ne demande qu’à éclore. C’est la promesse d’une jeunesse qui, unie, peut transformer l’avenir.

Y comme Yemma

Deux syllabes qui contiennent un univers. La chaleur, l’amour inconditionnel et le parfum de l’enfance. Elle est celle qui nous apprend que l’amour est la seule langue universelle.

Z comme Zig-zag

La trajectoire naturelle. Jamais en ligne droite, toujours inventif. On contourne, on négocie, on improvise… et on arrive à destination, souvent avant les autres, et toujours avec une incroyable histoire à raconter.

Commentaires

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Inermis (Chafik Ghenai)

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture