
J’aurais ôté les chaînes de la retenue face à cette injustice si flagrante — et pourtant, laisse indifférent.
je ne l’ai vue. J’aurais cautérisé mes émotions, ma sensibilité, jusqu’à la moindre particule, si j’avais su l’humain si indifférent qu’il en oublie les sourires, les soupirs, les larmes de joie ; j’aurais enfermé à double tour mon affectivité, et jeté les clés aux confins du monde.
J’aurais été jusqu’à me rendre aveugle, si j’avais su qu’il se détournerait si aisément du chemin du nécessiteux, du chemin du chagrineux, et de mon chemin — si travaillé — pour qu’il l’emprunte si aisément.
Si j’avais su, j’aurais assourdi mes oreilles pour qu’elles n’entendent point les silences face à mes cris muets, face aux cris des enfants — qui en savent plus sur la mort que les adultes.
J’aurais attaché mes mains, si j’avais su qu’elles n’intéressaient que lorsqu’elles étaient bien remplies.
J’aurais mis du lest à mes pieds, si j’avais su qu’ils n’étaient taillés que faute de montures.
Si j’avais su.
Mais voilà, je ne savais pas — et à présent, je sais.

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