Catégorie : Géographie intérieure

  • Un mot, un pays: Ubuntu – je suis parce que nous sommes 

    Issu des langues bantoues d’Afrique australe, ce concept propose une vision du monde profonde et solidaire.

    Contrairement à la philosophie occidentale de Descartes (« Je pense, donc je suis »), l’Ubuntu suggère que l’individu n’existe pas de manière isolée. On ne devient pleinement humain qu’à travers les autres. Quelle belle vision dans notre monde moderne, n’est-ce pas ?

    Le mot provient de l’expression zouloue « Umuntu ngumuntu ngabantu », ce qui se traduit par : « Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous. » C’est une alternative puissante à l’individualisme contemporain, où règne trop souvent le « je suis parce que je possède » ou le « moi avant les autres ».

    Reposant sur des principes clés tels que l’interconnexion, l’empathie, le partage et la réconciliation, l’Ubuntu n’est pas qu’un simple concept : c’est un véritable mode de vie.

    Un impact historique et politique

    L’Ubuntu a acquis une renommée mondiale, notamment grâce à Desmond Tutu. Il a utilisé ce terme pour définir l’identité africaine et la spiritualité, insistant sur le fait qu’une personne « Ubuntu » est une personne ouverte, disponible pour les autres et consciente d’appartenir à un tout plus grand.

    Une invitation à l’humilité

    En somme, l’Ubuntu nous rappelle que notre propre humanité est inextricablement liée à celle d’autrui. Lions-nous, unissons-nous et pensons ensemble.

  • Un mot, un pays: La Sobremesa ou le « Moment M » espagnol

    Espagne – Sobremesa : moment passé à table après le repas à discuter


    Le repas tisse des liens ; demeurer à table après la dernière bouchée les prolonge. Les Espagnols l’ont bien compris. C’est un art de vivre qui définit leur rapport au temps et aux autres. Une fois le repas fini, place au café, à un digestif ou à une douceur : la conversation se libère, le temps semble ralentir et la table devient un lieu de communion.

    Une dimension psychologique s’ouvre alors, laissant ses bienfaits nous atteindre : digestion émotionnelle autant que physique, sentiment d’appartenance, création de souvenirs… En somme, tous les ingrédients d’un ciment social. Un ciment devenu rarissime à notre époque, où la productivité immédiate est trop souvent le seul « menu » proposé.

    Le concept est si ancré qu’en Espagne, un restaurateur ne vous apportera jamais l’addition sans que vous la demandiez explicitement. Prenons le temps avant « qu’il ne nous prenne ». Prenons le temps de nous parler, de nous écouter, de nous tolérer… simplement, prenons le temps.

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  • La saudade:  : la nostalgie à la portugaise ?


    Sur les quais, il reste ceux qui regardent : les femmes, les mères, les amantes, parfois les enfants. Elles n’accompagnent pas le mouvement ; elles l’attendent. Pour elles, le temps ne progresse plus de la même manière : il s’étire, se suspend.

    Il est des mots qui, rien qu’à être prononcés, ralentissent le temps. Ils imposent une douceur, une retenue, comme un pied de nez au flux pressé du monde. Saudade est de ceux-là.

    Un mot qui dit l’absence comme une présence, une fanail allumée dans une maison vide.

    La saudade n’est pas seulement un regret du passé ; elle est une manière d’habiter le présent avec ce qui manque. Elle évoque les départs vers l’inconnu, les visages laissés sur le quai, les promesses sans garantie. Aimer à distance. Espérer sans certitude.

    Peut-on encore espérer la présence dans un monde qui semble parfois vidé de sens ?

    Peut-on aimer malgré tout, alors que tout semble partir, se disperser, s’éloigner vers l’horizon ?

    Nous sommes faits de ce que nous avons perdu autant que de ce que nous avons vécu.

    Sommes-nous condamnés à vivre avec l’Absence — ou est-elle, au contraire, ce qui nous relie encore aux autres, à nous-mêmes, au monde ?

    Chafik Ghenai

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    Historiquement, la saudade s’enracine dans un Portugal façonné par le départ. Dès le XVe siècle, le pays se tourne vers l’océan. Les marins quittent les ports de Lisbonne, de Porto, de Sagres, sans garantie de retour. L’horizon devient une promesse autant qu’une menace. Partir, c’est espérer — mais c’est aussi consentir à la disparition.