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  • Mon bois

    Je suis fait d’un bois tendre, de ceux qui poussent vite comme les arbres à faible densité, mais qui prennent tout leur temps pour mûrir.

    Ma faiblesse réside dans l’usure : il se raye facilement, se laisse aisément manipuler. C’est le bois de prédilection des perfides, des caustiques, des mordants.

    Son défaut – ou son avantage, tout dépend de l’œil qui le regarde – est de s’embraser rapidement. On l’emploie souvent comme bois d’allumage. Ainsi est mon cœur : prompt à la combustion, mais brûlant intensément, pour éclairer.

    Ce bois est muet. Il ne répond pas aux coups. Et s’il lui arrive de se plaindre, il laisse simplement couler sa sève ; mais même alors, elle demeure douce, sucrée, comme celle du bouleau qui s’offre à l’humanité en silence et prodigue tant de bienfaits.

    Chafik Ghenai

    Douceurs au parc de la Merci
  • Fragment d’histoire: infini automne

    Quoi de plus terrible que de ne pas pouvoir sentir son nouveau-né dans les vingt premières secondes de sa vie, sur sa poitrine généreuse, chaude, rassurante et engorgée de lait nourrissant. Une affliction qui fit passer les douleurs de l’accouchement, même sans péridurale, pour des picotements. Qu’avait-il tété? Ce fut la première question qui me vint juste après que la tempête de l’inconcevable l’eut emporté. Mon colostrum à moi est là, prenez-en pour qu’il s’en abreuve, m’étais-je implorée. Puis, une série infinie d’autres interro- gations parvint aux oreilles de son père resté inerte : combien pèse-t-il ? Combien mesure-t-il? Durant une heure et demie, j’interrogeais son père sans relâche, alors que j’aurai dû chercher à me remettre tout doucement de mon odyssée psychique et physique, qui m’avait morcelée en d’innom- brables pièces, s’étant agrégées en Chafik.

    Extrait de mon premier bouquin infini automne

    Infini automne

    Douceurs chez Dupond et Dupont.

  • Les couleurs de la vie

    Elles se cachent derrière les pardons –

    ceux qu’on n’ose pas formuler, par crainte de raviver la même douleur.

    Pardonner suppose de plonger dans les ténèbres de son moi

    pour y déposer quelques brins de lumière.

    Beaucoup préfèrent laisser la noirceur les envahir

    jusqu’à la voir suinter parfois sur leur visage.

    Elles se dissimulent dans la tolérance,

    dépassée par la vitesse du monde.

    La communication instantanée crée un climat de réaction :

    on parle avant d’écouter, on juge avant de comprendre,

    on agit avant de réfléchir.

    Les repères (famille, religion…) se fragmentent.

    On retient ce qui choque plutôt que ce qui importe,

    et le terrain des idées constructives se rétrécit,

    ne laissant presque plus de place à la mansuétude.

    Elles se tapissent aussi dans la considération,

    usée par la fatigue quotidienne et les obligations,

    alors que l’on ne donne d’importance qu’au superflu.

    Elles se perdent encore derrière l’individualisme,

    qui atomise la société, fragmente l’âme déjà en peine

    et la pousse à lutter pour conserver ses couleurs d’origine.

    Enfin, elles résident dans la justice, la tolérance,

    le bon sens, l’humilité, l’abnégation…

    toutes ces valeurs cardinales,

    matrice des couleurs qu’un monde pressé semble vouloir éteindre.

    Chafik Ghenai

  • Les belles rencontres

    La Québécoise kabyle

    Je contemple ce ciel bleu, symbole de pureté, de sérénité et d’infini, et aussitôt l’attente d’un plus m’envahit. Mes yeux se posent à nouveau sur cette image et se dirigent vers les formes cotonneuses aux contours bien définis, suspendues dans l’étendue bleuâtre.

    Leurs éclats immaculés, embrasés par le soleil, révèlent qu’il s’agit de cumulus des beaux jours. Pourtant, au-delà de cette magnificence naturelle, persiste la sensation qu’il manque encore l’ultime splendeur.

    Je poursuis mon regard vers la mer. Est-elle le reflet des émotions, le berceau de la vie, ou simplement le mystère de l’infini? Mes yeux insatiables y cherchent encore. Puis, je descends vers la verdure, symbole d’ancrage et d’équilibre, qui m’évoque surtout la fondation d’un monde stable. Mais, face à tout cet émerveillement, je perçois qu’il existe une présence plus radieuse encore. Une présence qui, à elle seule, incarne toutes les vertus de cette nature évoquées métaphoriquement.

    Parée de sa robe kabyle, signe de respect, de force et de dignité, elle vient déposer le sceau de grâce, telle une signature divine sur cette photographie éclatante, saisie dans l’émotion d’un instant qui dégage une aura authentique, brute et intemporelle.

    La Québécoise kabyle — comme j’aime l’appeler — irradie par son sourire une évasion, une ouverture vers l’infini, à l’image de ce ciel majestueux de Gaspésie.

    Sa posture suggère à la fois une invitation à la réflexion et la promesse de lendemains lumineux, tels ces nuages sereins.

    De son visage émane un idéal presque inaccessible, une liberté absolue. En le contemplant de plus près, on est saisi par le souffle de maternité et de régénération, tant il reflète la purification et la vie, à l’instar de la mer qui l’accompagne en arrière-plan.

    Enfin, de son sourire jaillit un espoir foisonnant, une vitalité ardente, une résilience lumineuse. Bref, une leçon silencieuse offerte à toutes et à tous : un message universel de renouveau, semblable à la verdure où se nourrit la promesse de couleurs toujours renaissantes.

    Chafik Ghenai

  • Où vont-ils, les désenchantements ?

    Partent-ils au ciel ? Ou bien quelque part encore plus haut? 

    Où s’en vont-ils donc, nos désenchantements, lorsqu’ils n’ont plus d’oreilles, plus de cœurs-refuges ?

    Disparaissent-ils tout simplement ? S’en vont-ils vers le Seigneur, ses anges ?

    Ou bien demeurent-ils en nous, là où la dépression tournoie, jusqu’à ce que le mur du réel nous explose au visage et nous révèle de nouvelles voies ?

    Ou peut-être trottent-ils en nous jusqu’à ce que l’anxiété chronique nous alerte qu’il faut aller de l’avant ?

    Parfois, il leur faut un travail compulsif, un sport extrême, des pleurs à profusion pour se dissiper dans l’impermanence… mais ils reviennent. Comment ?

    Est-ce parce qu’ils trouvent dans ce monde toute leur place, comme si ce monde était leur destination finale ?

    Existe-t-il alors un ailleurs où l’enchantement serait éternel ?

    Devons-nous vivre avec le désenchantement en perpétuité — rationalité oblige, diront certains ?

    Ou peut-être pouvons-nous le recréer chaque jour, par nous-mêmes, dans des gestes simples : la poésie, la contemplation, la lecture…

    Ou encore en tissant des liens authentiques, capables de combler ce vide « océanique » et nocturne en nous,

    là où iraient se noyer nos désenchantements.

    Chafik Ghenai


  • Un jour, un talent: Fatiha Outchernene

    Une fée, réelle?

    Fatiha Outchernene, enseignante, archéologue, anthropologue, journaliste spécialisée en culture et sociologie

    Elle est de celle

    que l’on croirait éphémères,

    et pourtant,

    telle une fée,

    elle avance avec une grâce

    qui défie les tempêtes

    et les ombres des paroles

    flottant dans ce bas monde.

    Sa force ne se crie pas,

    elle se devine,

    dans la persévérance de ses pas,

    de ses gestes,

    de ses actions,

    dans la lumière de son regard

    posé sur autrui,

    qui ne cesse d’être ravi,

    conquis, inspiré.

    Elle porte le courage

    comme des ailes invisibles

    qui la propulsent toujours

    vers des horizons nouveaux.

    Vers où donc,

    vos songes vous portent-ils,

    chère fée ?

    Elle porte l’engagement,

    la détermination,

    comme un sceptre

    illuminant la voie

    de celles et ceux

    qui parviennent à la contempler.

    Ciel, merci,

    j’y parviens.

    Elle est une fée,

    non de conte,

    mais de vie bien réelle.

    Oui, une fée

    dont la magie

    est de transformer l’ordinaire

    en extraordinaire.

    Elle s’appelle Fatiha,

    l’ouvrante, dirais-je,

    celle qui inaugure,

    qui symbolise le commencement,

    la réussite,

    et les féeries.

    Chafik Ghenai


    Fatiha Outchernene est enseignante archéologue, anthropologue, journaliste spécialisée en culture et sociologie, autant dire elle est un vivier à elle seule. 

    Elle est également présidente fondatrice de l’Association Mafatih.

    Pour s’émerveiller encore plus:

    Lien LinkedIn: www.linkedin.com/in/fatiha-outchernene-64332815b

    Lien MAFATIH: https://www.facebook.com/share/g/14J9axP8faG/?mibextid=wwXIfr