
Je suis fait d’un bois tendre, de ceux qui poussent vite comme les arbres à faible densité, mais qui prennent tout leur temps pour mûrir.
Ma faiblesse réside dans l’usure : il se raye facilement, se laisse aisément manipuler. C’est le bois de prédilection des perfides, des caustiques, des mordants.
Son défaut – ou son avantage, tout dépend de l’œil qui le regarde – est de s’embraser rapidement. On l’emploie souvent comme bois d’allumage. Ainsi est mon cœur : prompt à la combustion, mais brûlant intensément, pour éclairer.
Ce bois est muet. Il ne répond pas aux coups. Et s’il lui arrive de se plaindre, il laisse simplement couler sa sève ; mais même alors, elle demeure douce, sucrée, comme celle du bouleau qui s’offre à l’humanité en silence et prodigue tant de bienfaits.
Chafik Ghenai

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