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  • Un jour, un talent: Kaylia Nemour

    Kaylia Nemour – La belle équation

    Si l’univers ne tient qu’à une seule équation, l’équilibre de Kaylia, lui, tient tout entier dans la courbe d’un sourire.

    Il existe des forces invisibles, des vecteurs qui dépassent l’entendement. La puissance de Kaylia est une constante qui a su annuler toutes les variables contraires, déjouant les forces obscures qui menaçaient de rompre sa symétrie.

    Il faut de tout pour faire un monde, dit-on. Elle, semble avoir résolu le sien. Entre ciel et terre, elle n’est plus seulement une athlète, elle devient une géométrie vivante. Ses envolées tracent des paraboles parfaites où chaque angle est calculé, non par la raison, mais par l’instinct.

    L’équilibre, ancré au plus profond de son centre de gravité, se diffuse en onde de choc sur chacun de ses mouvements. Les barres asymétriques ne sont plus des obstacles, mais des tangentes qui obéissent à son charme, à son aura, à la rigueur de son mental.

    Pour elle, le signe « égal » n’est pas un simple résultat. C’est le point de bascule vertigineux entre le chaos merveilleux — cette entropie qui engendre un « ordre caché », une fractale où chaque détail contient le tout — et une harmonie absolue. Elle danse sur l’asymptote où le ciel touche enfin la mer.

    Quand elle se fige, la réception est une évidence, un CQFD (Ce Qu’il Fallait Démontrer) claqué au sol.

    Elle nous émeut car elle a résolu l’inconnue : transformer la souffrance et le travail en pure beauté. Quelle magistrale équation !

    Chafik Ghenai

  • Dansons

    Le monde ne danse plus, il bouge.

    Après une danse, on ne récolte plus le fruit de l’élan, mais une certaine fatigue physique.

    On ne se transcende plus par le mouvement — on danse pour se divertir.

    La dimension extatique, celle où le corps nous emmène ailleurs, manque.

    On demeure la même personne intérieurement, à la même place extérieurement.

    On vise la tendance, le mimétisme peut-être, le lâcher-prise ou la performance —

    mais rarement l’expérience transformatrice.

    On danse en surface.

    Le cœur, lui, ne bat plus pour faire vibrer l’être,

    mais seulement pour animer la force physique en nous.

    Faisons vibrer nos tréfonds.

    Recherchons la quête d’un sens pour, qui sait, affirmer une existence, une idée, une volonté.

    Dansons pour nous transporter là où il n’y a plus de règles, plus de restrictions,

    plus de dogmes ni de préjugés.

    La matière brute ne demande qu’à être vivante — et non simplement à exister.

    Unissons le corps et l’esprit.

    Réconcilions nos âmes avec les bons mouvements.

    Unissons nos intentions avec le rythme,

    car le corps n’est pas un simple outil passif,

    mais l’acteur principal de la pensée et de l’expérience de la danse.

    Danser, c’est penser avec le corps.

    Pensons en mouvement.

    Chafik Ghenai

  • Un jour, un talent: Georges Saint-Pierre

    L’autre force

    Il a combattu l’ombre avec une lumière venue d’ailleurs.

    Non pas l’ombre des hommes, mais celle de l’intimidation et du harcèlement.

    Il s’est élevé face au plus grand adversaire qui soit : lui-même.

    Dans l’arène, il s’est transcendé — non par la puissance de ses muscles ciselés comme une sculpture vivante, mais par la densité de son être, habité d’un sens profond de la vie.

    Dès son entrée en scène, il pénétrait dans le frisson de son propre cœur, et tout ce qui était au-dehors devenait alors fluide, presque enchanté.

    Durant le combat, il répondait à l’adversité à sa manière : il disait oui à la vie, oui à la victoire, tout au long du duel.

    Pour conclure, comme une âme répondant au chant du monde, sa nature intime acquiesce à son passage vers la victoire.

    Il gagne.

    Car il est l’autre force : celle qu’on ne voit qu’avec les yeux de la lucidité,

    celle qui absorbe les regards, celle qui transforme, qui marque.

    Celle qui dépasse la brutalité de l’octogone, qu’il a su dompter et mettre au service de son art.

    Chafik Ghenai

  • Fragment d’histoire : infini automne 

    On lui avait souvent dit qu’il possédait mes yeux, deux miroirs d’âmes sur un visage unique. Je m’étais sacrifié pour qu’il pusse vivre, son père, quant à lui, l’avait sacrifié pour aller vivre sous d’autres cieux. La singularité du petit contrastait avec le caractère égocentrique individualiste du père chimérique, détaché. Son goût prononcé pour le faste et la démesure l’éloignait du creuset familial. Sans cesse en voyage en quête de prospérité fallacieuse, le chaînon manquant avait fini par être oublié par le fils unique; personne n’est maître de ses mouvements dans les vagues. Il avait laissé son nourrisson les fontanelles non encore soudées à la merci des Autres.

    Extrait de infini automne:

    https://boutique.bouquinbec.ca/produit/infini-automne/

  • Un jour, un talent: Christiano Ronaldo

    L’immanent — transitif

    Le silence est propédeutique : il rend la parole plus vraie, il rend le geste plus noble — comme celui de cet homme, Ronaldo.

    Un silence qui a duré environ huit secondes, mais qui a parlé peut-être davantage que tout son parcours footballistique.

    Avant la parole, il y a le silence. Mais là, il n’y eut ni parole avant, ni après : c’est le monde entier qui a parlé à sa place.

    Affichant une immobilité quasi sacrée devant une foule en transe, il incarnait toute sa discipline de fer, son professionnalisme, sa philanthropie — mais aussi ses buts, sa polyvalence et ce mental d’acier qui, sans qu’il ait besoin de les exprimer, se dégageaient de sa posture désormais inscrite dans les annales de l’histoire.

    Une posture traduisant un agir immanent, saisi dans l’instant : celle d’un footballeur né, porteur d’une transcendance quasi mythologique qui le fige dans le temps.

    Ou peut-être est-ce le temps lui-même qui se fige pour Ronaldo — le footballeur qui ne joue pas comme les autres, mais selon l’idée platonicienne du Footballeur : l’Idée même du footballeur, immanente à son esprit, à son immobilité, à cette plénitude qu’il atteint à quarante ans.

    Chafik Ghenai

  • Squid monde

    On n’y meurt pas, mais on s’y étouffe lentement.

    À la faveur d’une démission ou d’une expulsion, l’air se raréfie, la poitrine se serre, et le vertige devient notre seule respiration.

    C’est un monde où tout se joue à la loterie.

    Chacun tourne, parfois sans le savoir, la grande roue de sa chance.

    Une roue d’existence dont la rotation nous échappe, et que l’on poursuit en tous sens, sauf peut-être celui du droit chemin.

    À chaque chute, on s’enterre dans des abîmes intimes, et l’on ne renaît qu’à la lueur d’un plus mort que soi.

    On joue, de gré ou de force, jusqu’à perdre la notion du temps.

    Lui aussi s’évade, et finit par inscrire son passage sur nos visages — visages labourés de manques, de guerres, de délits, de haines nues.

    Pas de salaire, pas d’argent ;

    pas d’argent, pas de nourriture ;

    pas de nourriture, pas de force ;

    pas de force, pas de vie.

    Et cette dernière, épuisée, se réduit à un tournoi colossal où seuls demeurent les plus beaux, les plus forts, les plus riches — ceux qui ont appris à piétiner les autres pour subsister.

    Rares sont les secondes chances.

    Alors on s’enferme dans nos regrets, portant la faute comme un fardeau intime.

    Pas d’arme sur la tempe, mais des rafales de règles qui cernent nos gestes, ligotent nos songes, troublent notre discernement.

    Et surtout, des milliers de préjugés, de regards armés, qui parfois tuent plus sûrement qu’une balle.

    Chafik Ghenai