Montréal, insomnie douce

La nuit, Montréal s’illumine autour de moi. Minuit. Fin de quart. Fin d’effort.

Début des échos lointains : un sifflement de vent, le roulement d’un train, et moi qui tâtonne au rythme des dernières voitures, des rares passants.

Montréal est là — ou plutôt : j’y suis, dedans, jusqu’à sentir sa fragrance naturelle.

Un mélange d’asphalte, d’humidité, de parfum de fleurs nocturnes… et de mon propre souffle, aux accents de chewing-gum à la  fraise.

Elle respire comme moi. Elle chuchote.

Et moi, je chuchote à personne… ou peut-être aux itinérants, toujours présents, toujours fidèles au bitume.

Aux policiers, aux ambulances, qui sillonnent la ville comme des jets de lumière.

Le bourdonnement souterrain du métro résonne en moi comme les instants durs de mon quart du soir.

Les conduits d’aération soufflent, comme pour rivaliser avec le vent qui décoiffe les jolies femmes encore debout.

Les vitrines tamisées des boutiques, comme des phares discrets, éclairent des trottoirs… et parfois, des idées poétiques.

Non, elle ne dort pas tout à fait, Montréal.

Les cœurs des noctambules — toutes catégories confondues — poursuivent leur route jusqu’au bout de la nuit.

Et moi, jusqu’au bout de mes rêves.

Chafik G.

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