
Quoi de plus terrible que de ne pas pouvoir sentir son nouveau-né dans les vingt premières secondes de sa vie, sur sa poitrine généreuse, chaude, rassurante et engorgée de lait nourrissant. Une affliction qui fit passer les douleurs de l’accouchement, même sans péridurale, pour des picotements. Qu’avait-il tété? Ce fut la première question qui me vint juste après que la tempête de l’inconcevable l’eut emporté. Mon colostrum à moi est là, prenez-en pour qu’il s’en abreuve, m’étais-je implorée. Puis, une série infinie d’autres interro- gations parvint aux oreilles de son père resté inerte : combien pèse-t-il ? Combien mesure-t-il? Durant une heure et demie, j’interrogeais son père sans relâche, alors que j’aurai dû chercher à me remettre tout doucement de mon odyssée psychique et physique, qui m’avait morcelée en d’innom- brables pièces, s’étant agrégées en Chafik.
Extrait de mon premier bouquin infini automne


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