
Tu n’as rien raté, mère —
le monde que tu as quitté
s’est défait doucement,
comme on range une maison qu’on ne reviendra plus habiter.
La famille ? Des graines éparpillées,
jamais plantées, pourtant si bien tenues
un jour dans tes mains.
Les amis ne sont plus que des silhouettes
qui parlent beaucoup
et disent peu.
Les distances ont pris la place des bras.
Les arbres ont oublié comment porter du fruit.
Les fleurs — tu sais,
les fleurs aussi font semblant.
La vie, quant à elle, n’est plus
que des on verra, des à plus tard,
des regarde-moi.
Fini les grands éclats de rire qui duraient trop,
les promesses tenues jusqu’au bout,
les beaux moments gratuits,
ceux qui n’avaient pas de lendemain
et n’en avaient pas besoin.
Mais moi, mère —
et c’est pour toi que je le dis —
moi, je suis heureux.


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