
On ne s’ennuie plus. Jadis, le temps vide nous amenait à nous dépasser, à créer. On produisait l’effort d’inventer des mini-jeux avec de nouvelles règles bien à nous, pour pimenter, en quelque sorte, l’instant présent.
Lorsqu’on s’ennuyait, on se racontait des blagues, des histoires, et on se déplaçait pour aller à la rencontre d’un voisin, d’un ami, d’un proche ou même d’un inconnu. Ce dernier n’était pas une menace, mais un visage neuf portant des anecdotes nouvelles. L’ennui nous obligeait à nous responsabiliser : garder nos petits frères et sœurs, étendre le linge mouillé, acheter l’ingrédient manquant au plat préparé avec soin par nos mères.
De nos jours, on ne reste même plus seul avec soi-même. La réflexion laisse place à la répétition d’images, de sons et de pensées. Plus le temps de se poser et de sentir le temps défiler. Ce dernier désormais se compte en chiffres et non en matinées, soirs et nuits.
L’ennui est-il mort ? Pire : il s’est dilué dans la saturation, dans les stimuli. Jadis, on ne savait pas quoi faire ; à présent, on ne sait plus par quoi commencer.
Commençons par nous ennuyer.

Laisser un commentaire