Catégorie : Hommages

  • Un jour, un talent:

    Un jour, un talent:

    L’oncle Amghar

    Il se tient comme une colonne de l’aube, dressé entre la mémoire des anciens et le destin des vivants.

    Il n’a jamais cherché la lumière.

    C’est la lumière qui l’a trouvé.

    Dans sa silhouette passe la majesté des terres arides, et dans son silence, la force des lignées qui ne plient pas.

    Il n’appartient pas seulement à une famille : il en est le seuil, le lien, la haute sentinelle.

    Autour de lui, les voix se rassemblent comme des bannières au vent, et les cœurs dispersés retrouvent leur axe.

    Son cœur ? Un pays sans frontières.

    On y entre étranger.

    On en repart famille.

    Il réunit ce que le temps disperse,

    raccommode ce que l’orgueil déchire,

    tient debout ce que le vent veut abattre —

    non par la force, mais par cette présence rare

    que les anciens appelaient Amghar : celui devant qui on pose les fardeaux.

    Rachid.

    Ô Rachid — Amghar des nôtres —

    tu nous apprends sans enseigner,

    guides sans précéder,

    aimes sans condition ni calcul.

    C’est cela, la noblesse vraie :

    elle ne se proclame pas.

    Elle se reconnaît,

    longtemps après,

    dans ce que nous sommes devenus

    grâce à toi.

  • Représentation théâtrale à Laval

    Instant suspendu à l’issue de la représentation de « ICI, LÀ-BAS », à l’Espace citoyen des Confluents.

    Une photographie qui ne fige pas seulement des visages… mais capture des fragments de voyages, des éclats de mémoire et quelques valises invisibles pleines d’histoires.

    On y devine des rires qui ont traversé les frontières, des silences qui en disent long, et cette complicité discrète propre à ceux qui savent d’où ils viennent… sans toujours savoir où ils vont (mais avec panache, tout de même).


    À propos de la pièce

    D’une durée de 70 minutes — sans entracte, parce que les souvenirs, eux, ne prennent jamais de pause la pièce met en scène une jeune femme québécoise et un jeune homme d’origine mexicaine.

    Ensemble, ils ouvrent une sorte d’album vivant, où se mêlent les souvenirs heureux de seize néo-Lavallois.e.s :

    ceux d’ici, la terre d’accueil, et ceux de là-bas, ce pays qui continue de vivre quelque part entre le cœur et la mémoire.

    Un voyage sans billet d’avion, sans douane… mais avec beaucoup d’humanité (et quelques sourires en prime).


    Une salutation toute particulière à madame Fatiha, dont la présence et l’énergie ajoutent toujours une belle lumière aux rencontres humaines :

    https://www.facebook.com/share/15evgceGNAS/?mibextid=wwXIfr

    Ainsi qu’à madame Danielle Shelton, directrice de la Société littéraire de Laval, artisane discrète mais essentielle de ces passerelles entre les mots et les mondes.

    Pour découvrir davantage son remarquable parcours :

    http://www.litterature.org/recherche/ecrivains/shelton-danielle-1979/

  • Un mot, un pays: Ubuntu – je suis parce que nous sommes 

    Issu des langues bantoues d’Afrique australe, ce concept propose une vision du monde profonde et solidaire.

    Contrairement à la philosophie occidentale de Descartes (« Je pense, donc je suis »), l’Ubuntu suggère que l’individu n’existe pas de manière isolée. On ne devient pleinement humain qu’à travers les autres. Quelle belle vision dans notre monde moderne, n’est-ce pas ?

    Le mot provient de l’expression zouloue « Umuntu ngumuntu ngabantu », ce qui se traduit par : « Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous. » C’est une alternative puissante à l’individualisme contemporain, où règne trop souvent le « je suis parce que je possède » ou le « moi avant les autres ».

    Reposant sur des principes clés tels que l’interconnexion, l’empathie, le partage et la réconciliation, l’Ubuntu n’est pas qu’un simple concept : c’est un véritable mode de vie.

    Un impact historique et politique

    L’Ubuntu a acquis une renommée mondiale, notamment grâce à Desmond Tutu. Il a utilisé ce terme pour définir l’identité africaine et la spiritualité, insistant sur le fait qu’une personne « Ubuntu » est une personne ouverte, disponible pour les autres et consciente d’appartenir à un tout plus grand.

    Une invitation à l’humilité

    En somme, l’Ubuntu nous rappelle que notre propre humanité est inextricablement liée à celle d’autrui. Lions-nous, unissons-nous et pensons ensemble.

  • Abcdz : Petit abécédaire d’une jeunesse algérienne

    L’Algérie. Pas juste un pays. Une manière d’être. Un accent, une odeur de jasmin mêlée à celle des grillades, une fierté qu’on porte en bandoulière, même à dix mille kilomètres. C’est ce lien invisible qui nous unit, peu importe nos différences.


    A comme Accueil

    Chez lui, la porte n’est jamais vraiment fermée. On entre pour un café, on ressort avec un repas et, souvent, un cousin de plus. Parce qu’au-delà des frontières, l’autre est toujours un invité de Dieu.

    B comme Baraka

    La chance des Algériens est légendaire. Ils traversent les tempêtes et en ressortent avec une anecdote à raconter, un thé à la main, et l’intime conviction que le Ciel veillait sur eux. C’est cette foi inébranlable en des jours meilleurs.

    C comme Café

    Rituel sacré. On ne prend pas un café, on le « tient » pendant des heures. On y refait le monde, l’équipe nationale et le gouvernement, tout en commentant la vie du voisin ou du patron. Wahda press! C’est là que le lien social se tisse, entre rires et débats passionnés.

    D comme Débrouille

    L’Algérien a inventé le système D avant qu’il n’ait un nom. Face à l’impossible, il trouve une solution. Face au vide, il crée. Face à l’administration… il revient demain. Ou après-demain. Inchallah !

    E comme Exil

    Le grand paradoxe : il part, il rêve de revenir. Il revient, il rêve de repartir. Entre les deux rives, il construit une troisième patrie — invisible, faite de nostalgie et de leçons de vie. El Ghorba, ou l’art d’avoir le cœur partout à la fois.

    F comme Famille

    Grande, sacrée, omniprésente. Elle se mêle de tout, juge un peu, mais aime infiniment. On s’en plaint le lundi, on s’en réclame le vendredi. Al Aila, c’est notre premier cercle de solidarité.

    G comme Gloire

    L’Algérien a une mémoire longue pour les victoires : 1962, les Fennecs, l’Émir Abdelkader. Il en tire une fierté personnelle, même s’il est né quarante ans après les faits ! C’est le fameux Nif, ce sens de l’honneur qui nous redresse la tête.

    H comme Hospitalité

    Tu passes juste dire bonjour ? Tu repars trois heures plus tard, repu, chargé de gâteaux, avec le numéro de téléphone de toute la lignée. Zaratna baraka : ta visite est une bénédiction, qui que tu sois.

    I comme Inchallah

    Mot merveilleux aux trois visages : promesse sincère, esquive polie ou philosophie de vie. Selon le ton, il signifie oui, non, ou « on verra bien ». C’est remettre son destin entre les mains du plus Grand pour s’alléger l’esprit.

    J comme Jdid

    L’Algérien aime le neuf — la voiture, le téléphone, les habits de l’Aïd. Il les protège avec un soin maniaque. Le plastique sur les sièges ? Une institution nationale ! Wach jdid ? (Quoi de neuf ?), la question qui lance toutes les discussions.

    K comme Khouya

    Frère de sang, frère de rue, frère d’un instant. En Algérie, la fraternité se donne vite. C’est ce mot qui efface les distances : on ne connaît pas l’autre, mais on l’appelle « mon frère ». Une leçon d’humanité universelle.

    L comme Lihya

    La barbe, tantôt signe de piété, tantôt style affirmé. Elle rappelle que derrière chaque apparence, il y a une histoire, une discipline ou une quête de soi qu’il faut respecter.

    M comme Mère

    Le centre de gravité, la Yemma. Elle cuisine pour vingt quand il n’en vient que dix. Elle est le pilier invisible qui porte les joies et les peines de toute la maison sans jamais faiblir.

    N comme Non

    Mot rare pour un hôte, sauf face à l’injustice ou sur un terrain de foot. Là, le « Non » devient un rugissement, le refus catégorique de la soumission.

    O comme Œil

    L’ Aïn. Visible ou invisible, on le redoute autant qu’on le respecte. Il plane sur les réussites comme sur les bonheurs, rappelant qu’il faut rester humble face à la vie.

    P comme Patience

    Cultivée dans les files d’attente et à travers l’Histoire. Une patience qui n’est pas de la résignation, mais de l’endurance pure, infusée de dignité.

    Q comme Quartier

    L’unité de base de l’identité. On n’est pas de telle ville, on est de tel Houma. C’est là que l’on apprend la vie, la solidarité entre voisins et que l’on comprend que, malgré nos trajectoires différentes, nous venons du même sol.

    R comme Résistance

    Dans le sang et dans la mémoire. L’Algérien ne plie pas. Il a hérité de ses ancêtres la conviction que la dignité vaut plus que tout le confort du monde.

    S comme Service

    Ce mélange de solidarité spontanée et de devoir moral. Refuser d’aider quand on le peut, c’est perdre son Nif. C’est cette main tendue sans rien attendre en retour.

    T comme Thé

    Brûlant, sucré, à la menthe. Il accompagne les fêtes comme les deuils. Refuser un thé, c’est presque un incident diplomatique ! C’est le breuvage de la paix et de la parole partagée.

    U comme Ultime

    Tout est intense. La dernière insulte est impardonnable, la dernière victoire est historique, le dernier plat de la mère est inégalable. L’Algérien vit dans le superlatif car il vit avec le cœur.

    V comme Voix

    Haute, chantante, expressive. On ne parle pas, on raconte une épopée. Même une direction dans la rue devient un récit épique avec de grands gestes.

    W comme Weld Bled

    L’enfant du pays. Celui qui reste, celui qui part, celui qui revient. C’est ce lien sacré qui nous unit : peu importe où l’on se trouve sur la carte, on reconnaît toujours l’autre à son étincelle.

    X comme X

    L’inconnu, le champ des possibles. C’est tout ce génie algérien qui ne demande qu’à éclore. C’est la promesse d’une jeunesse qui, unie, peut transformer l’avenir.

    Y comme Yemma

    Deux syllabes qui contiennent un univers. La chaleur, l’amour inconditionnel et le parfum de l’enfance. Elle est celle qui nous apprend que l’amour est la seule langue universelle.

    Z comme Zig-zag

    La trajectoire naturelle. Jamais en ligne droite, toujours inventif. On contourne, on négocie, on improvise… et on arrive à destination, souvent avant les autres, et toujours avec une incroyable histoire à raconter.

  • Moments fabuleux chez Le Merle : Khaima El Baraka

    La tente dressée dans le désert n’est pas seulement une demeure : c’est une promesse faite au voyageur qu’il ne sera jamais seul. Force est de constater qu’avec le dévouement et l’altruisme dont a fait preuve Absi dans cette merveilleuse Khaima, la promesse est tenue.

    Dès notre arrivée, nous nous sommes sentis merveilleusement entourés, enveloppés de fraternité, de convivialité et d’amabilités. Cette Khaima joue également le rôle d’un jardin du savoir et de la découverte.

    Avant même le plaisir des yeux et des oreilles, ce sont nos papilles qui ont été comblées par des plats traditionnels tous plus succulents les uns que les autres : « Jari », bricks et chekchoukha… À travers ces mets, la table semblait devenir, tout comme la Khaima elle-même, bien plus qu’un simple mobilier. Elle devenait la promesse silencieuse qu’il y aura toujours une place pour nous, pour vous.

    Une soirée fabuleuse, donc, avec pour invités d’honneur la styliste Sabra et le chanteur Nassim Kaddouch

  • Un jour, un talent: Absi Benhamed

    Le Tisserand de Lumière

    Il n’a pas choisi la houle de la foule pour nouer des liens ; il a préféré le silence des âmes pour tisser, patiemment et lentement.

    De ses mains généreuses et ouvertes,

    il recoud ce que le monde effile,

    réconcilie les cœurs incertains,

    et devance l’appel par la simple présence.

    Il n’a pas de piédestal, juste deux mains offertes. Il a compris que vivre, c’est donner ; que le bonheur véritable ne nait pas de l’avoir, mais de ce que l’on a su, un jour, offrir.

    Qu’il soit du pays de l’érable ou des sables du Hoggar, ses fils de lumière ignorent les frontières. Ses toiles s’affichent sur son doux visage dès que les regards de l’âme viennent le visiter. Au chant mélodieux, fluide et matinal du merle, il transforme chaque rencontre en étoile et tend des fils d’aurore entre ceux qui s’ignorent.

    Et il tisse encore le songe des vivants,

    fil après fil, saison après saison,

    il brille plus que l’or, plus que les lumières, plus que le jour lui-même.

    À mon ami naissant

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