Brûlot

Je me suis consumé à aimer l’Autre jusqu’à sentir le brûlé. Jamais je ne distinguais chez lui d’extincteurs discrets ni d’étoffes humides pour étouffer l’incendie de mon cœur, nourri par ma longanimité trop timide, trop douce, presque invisible.

Je me suis tant brûlé que j’ai perdu la mémoire du frais, la sensation du corps et les élans de l’esprit. Et pourtant, cette chaleur âpre que je portais en offrande n’a jamais su réchauffer les cœurs de ceux qui, toujours prompts à quémander davantage, demeuraient figés dans leur froid.

Je me consume pour l’Autre, mais jusqu’à quand ? Jusqu’à ce que les richesses clinquantes se tarissent comme des rivières en fin de monde ? Jusqu’au jour où, dans un sursaut de conscience, je parviendrai à brûler son ego, ne serait-ce qu’un instant ? Jusqu’à ce qu’il daigne, lui aussi, se livrer aux flammes — non pas celles de la destruction, mais celles de la solidarité, de la bienveillance, de l’attachement véritable ?

Peut-être est-ce la douleur de mes brûlures qui me pousse à espérer ainsi, à rêver de réciprocité dans ce théâtre incandescent. Continue à brûler, Chafik. Car les âmes qui t’aiment ne fuient pas la chaleur : elles s’y reconnaissent. Elles veillent en silence autour de ta braise, et quand viendra le soir de ton dernier embrasement, elles seront là, à recueillir la lumière — ultime offrande d’un cœur qui n’a jamais cessé d’aimer, même dans la cendre.

Chafik G.

Pas de pique, pas de blason — juste une lueur posée là.

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