Je suis Ahuntsic

J’étais petit.

Vif, frétillant, comme un poisson d’eau douce dans un fleuve inconnu.

Je suis ses chemins — larges, ouverts, sans détours —

ces avenues patientes qui m’ont cueilli au bord de l’exil,

moi, l’immigrant tout juste débarqué,

porteur d’espoir et d’horizons intérieurs.

Je suis ses vitrines, ses échoppes, ses comptoirs multicolores,

qui ne m’ont pas demandé d’où je venais,

ni quel sang palpitait dans mes veines.

Suis-je un Huron déguisé ?

Un rustre d’après la vieille littérature ?

Un autochtone d’ailleurs ?

Ils n’ont pas cherché à savoir.

Ils m’ont simplement accueilli.

Je suis son âme fraternelle,

celle qui veille dans l’ombre des ruelles et le calme des parcs,

là où les mains se tendent sans bruit,

là où les cœurs s’engagent sans médaille,

là où l’on rêve ensemble à un monde plus doux.

Un monde qu’on bâtit pas à pas, épaule contre épaule,

là où le soleil se partage comme le pain.

Je suis Ahuntsic.

Toujours vif, toujours frétillant — mais plus petit, non.

Mon dedans a grandi.

Il s’est nourri d’admiration, d’interrogations,

et d’un espoir tenace comme une racine urbaine :

celui d’appartenir.

Chafik G.

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