
Souvent je m’assois face à ma page blanche qui ne dit mot. Elle semble les rejeter, comme le monde qui m’entoure et qui, lui aussi, finit par ressembler, au fil du temps, à une page blanche.
Point de mots dans les transports en commun, point de regards partagés, point de couleurs — comme ma page blanche.
Et quand les mots se hasardent à être prononcés, ils ressemblent à des lettres sans encre, sans souffle, sans écho.
Quand les regards s’entrecroisent, ils évoquent des paysages de mer morte ou de champs arides, ne laissant entrevoir au loin que des mirages.
Quant aux couleurs, même vives, elles demeurent sans spectres ni mémoire.
Devant ma page blanche, je m’interroge souvent, comme devant le spectacle du quotidien parfois soporifique, dull.
Alors je cherche les mots qu’il faut, ceux qui ne heurtent pas les oreilles. Je cherche les tons justes, ceux qui ne blessent pas. Je cherche, jusqu’à finir par les rendre à leur tour fades.
C’est alors que je m’arrête, pour laisser ma page blanche telle qu’elle est.
Ce n’est ni le syndrome qui m’handicape, ni l’épuisement créatif, mais simplement le besoin d’une halte — une période d’incubation pour laisser mes idées mûrir en arrière-plan. Pour combien de temps ? Dix, vingt, trente années, comme l’aurait fait Joseph Mitchell ? Cet écrivain du New Yorker qui aurait passé les trente dernières années de sa vie à se rendre chaque jour à son bureau, à s’asseoir devant sa machine, et à écrire sans rien écrire.
Écrire sans rien écrire, parler sans rien dire, se voir sans se regarder — le monde en somme, le nôtre, qui s’écrit chaque jour sur des feuilles blanches?
Chafik G.



Douceurs d’un souper entre amis. À nos coups de cœur !
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