
Autrefois, le vieillard habitait mon être.
Je me croyais âgé malgré ma jeunesse encore en fleur. Je n’osais me divertir, redoutant d’être la cible des railleries : corps jugé trop frêle, non conforme aux canons, teint trop marqué, allure à rebours des modes.
Je cherchais un réconfort illusoire dans les excès de cocktails et de compagnies tapageuses, uniquement par grégarisme, afin de feindre la force et l’insensibilité face aux moqueries. Les autres me paraissaient toujours plus jeunes, plus beaux, et surtout promis à la réussite de tout ce qu’ils entreprenaient.
J’étais « le vieux » parmi les jeunes, celui qui grommelait, qui se plaignait des maux du corps comme des blessures du cœur, trop sensible aux douceurs affectives, prématurément sage, presque philosophe. Bref, un ancien au milieu de la verdeur.
« Il fait trop froid », disais-je parfois. « Il est tard, il faut rentrer. »
Ainsi parlais-je, moi qui redoutais les caïds et me sentais démuni comme un vieillard face à des malfrats.
Ma vue se troublait dans l’obscurité des boîtes de nuit, mes tempes battaient douloureusement, et ma santé se détériorait sous le poids des préjugés. L’ombre de l’hypocondrie planait à chaque évocation de maladie.
Chaque innovation technologique semblait me dépasser ; les objets nouveaux me rejetaient vers l’obsolescence. J’entendais mes amis me qualifier de « vieux jeu », tandis qu’eux se croyaient éternellement jeunes.
Aujourd’hui, une énergie nouvelle circule en moi.
Le regard des autres m’effleure à peine, et j’insuffle à mes années une ardeur retrouvée.
Je sors, je ris, je respire à pleins poumons : le vieillard en moi a cédé la place à la jeunesse retrouvée.
Désormais, je suis jeune, ivre de vie et d’élan!
Chafik Ghenai
















