
Longtemps, j’ai eu une peur viscérale de l’eau.
Même une simple baignoire suffisait à m’angoisser.
Et pourtant… aucune blessure d’enfance, aucun souvenir traumatique.
Rien, en apparence, ne justifie cette crainte.
Pas de génétique. Pas de logique.
Peut-être les vestiges d’une mémoire ancienne, oubliée.
Karmique, diront certains.
Ou peut-être un écho d’émotions profondes, indomptées,
que je porte en silence
et qui, parfois, me submergent.
Ou bien est-ce simplement cela :
l’impossibilité de lâcher prise.
Le refus de me laisser porter.
Et malgré tout…
Je suis fasciné par l’eau.
Pas l’eau calme, enfermée, stagnante.
Mais celle qui bondit, déborde, improvise :
les rapides, les torrents, les vagues.
L’eau vive m’apaise.
Elle trouble le flot de mes pensées, les disperse.
Elle m’arrache à mes cycles mentaux,
m’ouvre un passage que je ne contrôle pas.
Son tumulte me soulage.
Comme une hypnose douce,
où l’imprévisibilité des courants devient un langage,
une musique intérieure qui me désarme.
Et dans ce désarmement,
toujours une leçon discrète, profonde.
Celle du Tao :
Ne pas lutter contre ce qui revient.
Contourner.
Épouser les formes.
Aller, même lentement, vers l’autre rive.
Chafik G.




