
Je suis le monde, mais le monde n’est pas moi.
Nous sommes aux antipodes l’un de l’autre — et pourtant, nous ne faisons qu’un.
Je suis le monde.
À chaque action, il me semble plus éloigné que je ne le pensais.
À chaque rêve, même.
Il change, et me laisse en disgrâce — et pourtant, je ne peux m’en séparer.
Où irais-je sans lui ?
Je suis le monde.
Il m’échappe vers un autre âge, et je deviens révolu.
Tandis que je m’obstine à croire que nous vivons encore l’âge d’or,
lui semble avancer vers celui du fer, du feu… et du vide.
Il accélère. Pour dépasser quoi ? Qui ?
Sa finitude m’échappe,
et me pousse — malgré moi — à accélérer aussi,
par crainte, peut-être, d’être mis au banc des dépassés.
Suis-je, fondamentalement, en exil permanent ?
Loin d’un “chez-soi”, d’un sens, d’un socle ?
Et pourtant, ce monde est moi.
Je l’ai adopté dès la naissance.
Dans mes efforts comme dans mes rêves.
Dans mes espoirs comme dans mes désespoirs.
Je l’ai instantanément admiré,
mais à présent, les différences se creusent,
les distances s’éloignent,
et les murs se dressent entre nous.
Je suis le monde.
L’ancien.
Je marche à sa bordure, malgré tout,
car il n’y a pas d’ailleurs.
Chafik G.






