Catégorie : Pensées fugitives

  • Mauvais choix

    Parfois, il n’y a que des mauvais choix à faire.

    Au lieu d’aller courir, on s’enferme dans une chambre.

    On se cloître dans un coin, on s’empiffre de tranquillisants jusqu’à ne plus se reconnaître soi-même.

    On les fait, ces choix. Volontairement ou non, mais on les fait.

    Entre “ça passe” et “ça casse”, on choisit souvent la casse, jusqu’à oublier la notion même du bien.

    Lorsque toutes les issues lumineuses se dissipent, étouffées sous l’encre noire — ou serait-ce la bile noire ? — il ne reste que des chemins sombres : partir, se recroqueviller, refuser même l’aide.

    On les fait, ces mauvais choix.

    Souvent pour éviter le pire, on choisit le moindre mal.

    Et ce moindre mal, paradoxalement, nous fait parfois du bien. Ou encore plus de mal.

    On choisit le mauvais geste, le mauvais mot, la mauvaise action — par peur de l’échec ou de la réussite.

    Par faible estime de soi, par besoin de contrôle, par évitement, par conformisme…

    Parfois même, on fait le mauvais choix de ne pas dire “oui” à une belle opportunité.

    Et il y a des jours où il n’y a que des mauvais choix qui s’imposent à nous.

    Dos au mur, face aux aléas, à l’adversité, aux conjectures…

    On opte pour ce qu’on peut.

    C’est le dilemme tragique, comme celui d’Antigone : choisir entre la loi des hommes (ne pas enterrer son frère) et la loi divine (l’honneur familial).

    Quoi qu’elle fasse, elle est condamnée.

    Peut-être, alors, que ce n’est pas le bon geste qui sauve,

    mais la manière de choisir.

    Chafik G. 

    À la joie! Capuchino soigneusement préparé par des intimes…

  • Balafre lumineuse

    Comment s’y prendre… pour ne pas être gentil ?

    Faut-il accorder son âme aux mœurs dominantes

    et ainsi s’épargner l’angoisse du décalage ?

    Comment museler ce sourire,

    si fluide, si fidèle à mon visage,

    qui m’attire tant de condescendance

    tant il évoque, aux yeux d’autrui, la naïveté ?

    Le monde n’est plus tendre

    avec ceux qui sourient trop vite,

    trop franchement,

    à chaque détour d’émotion.

    Et moi, je m’interroge :

    comment froncent-ils les sourcils,

    ces autres si bien armés face au tumulte ?

    Eux dosent leurs sourires

    comme on distille un vin rare,

    et grimpent les échelons

    avec la gravité des visages sérieux.

    Tandis que moi,

    je façonne mes propres barreaux,

    sourire après sourire,

    comme on bâtit une échelle en silence.

    Où donc dénicher un masque,

    à poser sur ma face ouverte,

    pour dissimuler cette balafre lumineuse,

    ce pli du cœur que le monde lit à tort ?

    Cette question, je l’ai portée longtemps,

    jusqu’à croiser d’autres balafreux —

    et là, soudain, la réponse m’a sauté aux yeux.

    Comment s’effacer un peu,

    adoucir sa lumière

    pour mieux se fondre dans l’arrière-plan,

    éviter les regards venimeux,

    les voix hautaines, les jugements qui claquent ?

    Pourquoi le sourire devient-il soupçon,

    malaise ou menace

    dans l’œil de celui qui ne le comprend pas ?

    Alors je me demande encore,

    non pas comment faire,

    mais…

    comment être autrement

    sans trahir l’éclat qui m’habite ?

    Chafik G.

    À la bonheur!
    À la bonheur! Gourmandises et breuvages chez Mamie Clafoutis…

  • Vulnerabilis

    Il n’y a que les faibles qui soient puissants, parce qu’ils ne savent pas être méchants.  Léon Bloy

    

    Je suis vulnérable.

    Oui, c’est grâce à elle — la vulnérabilité — que je suis là où je suis aujourd’hui.

    Je n’ai pas été fort.

    J’ai été craintif. Et cette crainte m’a souvent sauvé de situations anxiogènes.

    Depuis l’enfance, elle m’accompagne.

    Je redoutais les caïds du quartier, mais cette peur-là était une forme de lucidité.

    Je n’ai jamais renié mes failles.

    Elles m’ont ouvert les portes d’une certaine sagesse.

    Ma force ? Peut-être est-ce justement ma vulnérabilité.

    Ma vulnérabilité est ma confidente la plus intime.

    Je lui parle de toutes mes cassures sans me dérober, sans crainte d’être humilié.

    L’arrogance est mon pire ennemi.

    Et ma meilleure défense contre elle, c’est encore ma vulnérabilité.

    Plus je m’y abandonne, plus elle recule.

    Mais j’ai tendance à la combattre à l’extérieur, alors qu’elle est déjà en moi.

    Elle est mon ouverture sur le monde, aussi cruel soit-il.

    C’est elle qui laisse entrer la solidarité, la réciprocité, le dialogue des différences.

    Au grand dam du cynisme.

    Elle bâtit en moi une largesse d’esprit que je n’aurais jamais soupçonnée.

    Elle me pousse à croire que non, ce n’est pas l’armure qui fait l’homme,

    ni le fer, ni le feu, ni l’argent —

    mais sa capacité à aimer.

    Qu’est-ce qu’aimer, me direz-vous ?

    Peut-être une vulnérabilité permanente.

    Une vulnérabilité que seuls ceux qui l’acceptent peuvent réellement incarner.

    Il faut parfois une grande force morale pour rester tendre, pour rester vulnérable.

    Chafik G. 

    À la réussite! Gourmandises et cafés chez le Petit Breton.

  • Aurores

    Des messages de l’au-delà, comme les perçoivent certains peuples autochtones ?

    Ou bien de la poussière interstellaire, d’où naîtraient les étoiles ?

    Je les vois, moi, comme le signe d’un commencement —

    quelque chose d’indéfinissable, mais profondément merveilleux.

    Qu’elle le soit aussi, merveilleuse, votre pensée,

    en découvrant mon blog, mon univers,

    mes poussières de mots.

  • De moi

    Mon silence n’est pas d’or, mais simplement de moi.

    Il émane de je ne sais où,

    et m’emporte toujours là où personne ne se rend.

    « Il faut faire silence à tout ce qui veut entrer en toi, afin que Dieu puisse y entrer. » — Maître Eckhart

    Je ne sais si c’est Dieu que je veux faire entrer.

    Mais c’est sûr : ce sont ceux qui m’aiment,

    ceux que mon absence sonore ne dérange pas.

    À eux, je dis : venez écouter mon langage intérieur,

    ce langage primordial qui ouvre une porte à l’Être —

    comme le murmurait Heidegger.

    Ce silence est de moi.

    Il n’émane ni de regrets, ni de méchanceté,

    mais simplement de mon être,

    qui cherche souvent les bons mots,

    les mots justes, adéquats, constructifs.

    Je les cherche dans ce silence,

    si lourd pour les adeptes de la joie maligne,

    mais si léger pour ceux qui savent qu’il vient de moi.

    Ce silence est tout, sauf l’absence de bruit.

    Il est peut-être cette lyre aux cordes manquantes

    sur laquelle mon cœur joue,

    et où nous sommes contraints de faire résonner les accents de la joie

    sur le ton consacré aux soupirs,

    comme l’imaginait si bien Chateaubriand.

    Mais peut-être aussi est-il une prière,

    une attention pure et extrême,

    émanant de moi vers l’univers,

    qui ne réclame aucune réplique

    et qui répond, lui aussi,

    par un silence universel.

    Chafik G.

    À nos espoirs!
    Gourmandises et café chez Première moisson.
  • Je suis Ahuntsic

    J’étais petit.

    Vif, frétillant, comme un poisson d’eau douce dans un fleuve inconnu.

    Je suis ses chemins — larges, ouverts, sans détours —

    ces avenues patientes qui m’ont cueilli au bord de l’exil,

    moi, l’immigrant tout juste débarqué,

    porteur d’espoir et d’horizons intérieurs.

    Je suis ses vitrines, ses échoppes, ses comptoirs multicolores,

    qui ne m’ont pas demandé d’où je venais,

    ni quel sang palpitait dans mes veines.

    Suis-je un Huron déguisé ?

    Un rustre d’après la vieille littérature ?

    Un autochtone d’ailleurs ?

    Ils n’ont pas cherché à savoir.

    Ils m’ont simplement accueilli.

    Je suis son âme fraternelle,

    celle qui veille dans l’ombre des ruelles et le calme des parcs,

    là où les mains se tendent sans bruit,

    là où les cœurs s’engagent sans médaille,

    là où l’on rêve ensemble à un monde plus doux.

    Un monde qu’on bâtit pas à pas, épaule contre épaule,

    là où le soleil se partage comme le pain.

    Je suis Ahuntsic.

    Toujours vif, toujours frétillant — mais plus petit, non.

    Mon dedans a grandi.

    Il s’est nourri d’admiration, d’interrogations,

    et d’un espoir tenace comme une racine urbaine :

    celui d’appartenir.

    Chafik G.